N’ayez pas Peur de Tuer vos Enfants.

« Encore un titre racoleur…tout ça pour nous parler des phobies d’impulsion, c’est vraiment un vendu ce Papa-Psy. »

Et bien, pas tout à fait, car comme vous le verrez dans cet article, le titre de celui-ci est on ne peut plus vrai, au mot et à la lettre près quand on parle de phobie d’impulsion.
Bien qu’être vrai à la lettre près n’ait pas tellement de sens en soi.

Préparez-vous à avoir peur, nous entrons dans l’effroi indicible mais improbable des phobies d’impulsions.

Note : Penser à tuer ses enfants.

Il est 5h45 et honnêtement, si mon fils se réveille, alors que je suis constamment à la recherche de moments et de temps pour mes projets comme ce blog, et bien « oui, là, je le tue ».

Oui direct, sans sommation, sans Bibi. 
Peut-être juste un câlin pour dire au revoir mais c’est tout. 

Vous l’aurez compris, j’introduis avec cet exemple ce que nous avons tous : des pensées, un monologue intérieur, des cognitions (qu’elles soient imagées ou verbales).

Bref, vous vous parlez à vous même très souvent et ça ne fait pas de vous des gens bizarres ou atteints d’un trouble de la personnalité. Je le dit car on me pose parfois la question en séance à mon cabinet.

Alors non, vous n’êtes pas fous, tant que votre monologue intérieur ne dérive pas sur d’autres sujets, ou qu’il ne prend pas une autre forme. 

Un anxiolytique, please ! 

Alors avec la fin du paragraphe précédent, je pense que j’ai fait monter de 145 points le stress de certains lecteurs. 

Restez ici, vous n’êtes pas encore perdus, puisque justement, vous êtes là.
Et être sur ce blog, cela fait toute la différence, vous verrez plus bas.

« C’est plutôt lui le fou, ce Papa-Psy ».

Parfois je me le demande, et mes amis me le rappellent constamment. Merci à vous. 
Mais en réalité, nos pensées ne font pas de nous des fous, ce serait si simple.

Commençons déjà par définir les phobies d’impulsions (sans regarder Wikipedia, merci).

Une phobie d’impulsion est une pensée intrusive, qui s’impose à vous, et que vous ne pouvez maîtrisez dans son apparition. 

  • Vous faites à manger, pouf, elle apparaît. 
  • En conduisant vers l’école, et pouf, elle vient vous dire coucou.
  • Petite balade en famille, et pouf, elle pointe son nez de c*n%a$se.

Oui parfois on les nomme « c*n%a$ses »‹ car les personnes souffrant de phobies d’impulsion n’aiment pas leur pensées. Ils les détestent même. 

Pourquoi ? 
Car tout est dans leur contenu : violent, inapproprié, antisocial.

Détestez vos pensées ! 

Alors à vrai dire, ce n’est pas le meilleur intertitre de ma vie. Mais le temps passe et tout me rapproche du réveil de mon fils, donc je dois activer. 

C’est par contre le meilleur moment pour dévoiler leur contenu, que vous connaissez probablement déjà.
Oui car nous en avons quasiment toutes et tous déjà fait l’expérience. 

Cette pensée étrange m’assaille – comme les guerriers – puis on se dit à nous-mêmes « mais qu’est-ce que tu dis, n’importe quoi ! ».

Et dans ce cas précis, tout est fonctionnel, nous acceptons une pensée inacceptable et passons à autre chose, conscient que notre esprit peut aborder des sujets divers, sans raisons ni volonté réelle de passer à l’acte. 

Hélas n’est pas le cas des personnes anxieuses et touchées par les phobies d’impulsion.
Aller, voici un Pot-pourri – très pourri même – de quelques pensées intrusives.

Florilège de bugs cognitifs

1. La violence 

  • je suis à table, et je vois un couteau : « tiens, et si d’un coup j’avais envie de me mettre à poignarder mon père ? »

Marche aussi avec :

  • les enfants, les animaux, grâce à divers instruments de cuisine ou contondants.

N’est pas considéré comme pensée intrusive :

  • Avec le stylo de votre supérieur, après le millième refus d’augmentation pourtant méritée ;
  • Sur votre belle-mère, après avoir atteint son record de la millionième critique au repas de Noël ;
  • Sur un enfant après un réveil à 5h, 3h de hurlement sur la route, et du vomi de partout dans l’habitacle, et votre poste radio qui ne marche plus ;
un couteau pour tuer vos proches, ou juste une peur : la phobie d'impulsion ?
Ça vous tente ?

2. La perte de contrôle 

  • je suis en train de changer mon enfant : « tiens, et si je perdais le contrôle et que je faisais tomber mon enfant ? »
  • Sur la route : « tiens, et si je me payait un vélocipède en collants avec mon pare-choc ? »

Marche aussi avec :

  • le tir d’enfant par la fenêtre, dans le four et toutes les fourberies en voiture.

N’est pas considéré comme pensée intrusive :

  • sur votre conjoint quand il rentre sans avoir pensé à la moindre course ;
  • sur votre chien quand votre conjoint à oublié de le sortir ;
  • Tout ce qui touche à votre conjoint après quelques années de vie commune ;
la peur de blesser quelqu'un en conduisant est courante, et fait partie des phobies d'impulsions
Christine dans le Queen

3. La sexualité

  • je garde un enfant : « Et si j’étais Pédophile et que je m’en prenais à cet enfant ? »
  • Je regarde une personne du même sexe : « et si j’étais Homosexuel ? Et s’il/elle s’en aperçoit ? »

Marche aussi avec :

  • Et bien avec tout en fait. Du moment qu’il y a des questions d’orientation sexuelles, interdites ou non.
Les pensées intrusives ou phobies d'impulsions touchent également les questions d'ordre sexuel, comme l'homosexualité ou la pédophilie.
Coucou, tu viens plus aux soirées ?

Fonctionnement du trouble

Les personnes souffrant de phobie d’impulsion refusent ce type de pensées. 
Ces pensées leur font peur et génèrent un stress intense, et une souffrance au moins aussi importante.
Alors on peut rigoler, mais y’a des limites.

Jolie fourberie sans supplément de ce trouble, ces personnes se mettent à avoir peur d’y penser avant même que la pensée ne soit réellement la.

Palme d’or à ce cercle vicieux que nous pouvons résumer ainsi : 

APPARITION de la pensée intrusive —> c’est une pensée OBJECTIVEMENT INTERDITE par les normes sociales ou personnelles —> déclenchement NORMAL de la réponse anxieuse —> ASSOCIATION entre la Pensée intrusive ET le Stress —> RENFORCEMENT du cercle vicieux.

Ensuite, après quelques tours de manège, nous observons grâce à l’association (ou apprentissage) : 

Apparition de la pensée intrusive = Stress —> Anticipation anxieuse = Stress AVANT apparition de la pensée intrusive —> DÉCLENCHEMENT la pensée intrusive —> retour au départ, vous êtes faits comme des rats.

Pour faire encore plus simple, vous pensez à des choses que vous refusez, soit parce que dans votre système de valeurs personnelles, cet acte est délibérément délictueux, grave, ou contraire aux normes sociales. Ensuite, une autre partie de votre cerveau, lui-même bien foutu (quasiment la plupart du temps), vous dit : « hey, ça va pas de penser ça ? ».
Cette partie se charge alors d’activer le stress pour vous prévenir de ce qu’il considère comme un danger, puisque vous n’êtes pas d’accord avec cette pensée. Et là ça devient désagréable, forcément.

D’autre part, une autre partie de votre cervelle contrôle la mise ou non en action, et les décisions : le cortex pré-frontal. Et lui clairement, à part si vous avez pris un gros coup de pelle ou un Bus dans le front il y a deux jours, vous empêchera de commettre le pire. Il régule clairement ce que vous pouvez faire ou non, selon votre système personnel de valeurs et de normes apprises.

En d’autres termes, il vous empêche de faire ce que vous ne voulez pas faire. Clairement pas con.

un mini cortex pré-frontal robot qui vous permet de prendre les bonnes décisions et ne pas passer à l'acte quand vous avez des pensées intrusives violentes par exemple
Le Cortex Pré-Frontal vu par Nicolas

Pour les nuls 

Pour faire une métaphore, vous pourriez penser que vous êtes capable de retenir votre respiration et mourir, mais vous ne pourrez jamais le faire jusqu’au bout. 

C’est pas une raison pour essayer, j’avoue avoir peur des jurisprudences Psychologiques.

Bref, ce cortex pré-frontal est un peu votre contrôleur central.

Et si vous ne deviez retenir qu’une phrase de cet article ce serait : 
« Bordel, mais si vous avez PEUR de faire ÇA, c’est justement que vous n’êtes pas fou. »

Réfléchissons autrement pour comprendre : celui qui plante un couteau dans l’abdomen d’un congénère à clairement un problème d’empathie, de normes sociales, de distinction entre le bien et le mal, du respect de la cuisine, de la viande et j’en passe. 

Et il n’a pas peur de ses actes, puisqu’il n’a pas de contrôle pré-frontal (entre autres dysfonctionnements).
Et à vrai dire selon les pathologies, cela leur procure également une excitation et du plaisir.

Donc tant que vous ne ressentez aucun plaisir à regarder un enfant en ayant des pensées sexuelles, tant que l’image mentale d’un couteau s’enfonçant dans un corps vous fait peur, alors tout va bien : vous êtes bien dans votre peau.

Alors en fait, non vous ne l’êtes pas, et clairement vous devez vous faire aider.

Souffrance gratuite

Les phobies d’impulsion génèrent une souffrance importante, accompagné d’une honte qui conduit les individus à cacher, garder pour eux/elles ce type de pensées.

Ils/Elles sont également très malins en terme d’évitement anxieux : en prenant soin de n’être jamais au contact des stimuli déclencheurs de leur phobie d’impulsion, ils/elles croient se mettre à l’abri de leurs actes incontrôlés.

En découle des situations plus ou moins cocasses, comme éviter les écoles, les neveux et nièces,  ne plus prendre sa voiture pour ne blesser personne, ou jeter tous ses couteaux.

Au visage de personne, je vous rassure.

la souffrance que génèrent les phobies d'impulsions est réelle, comme beaucoup de troubles anxieux
Vous avez peur de vos pensées, pas de la réalité.

Quelles Solutions ?

Les phobies d’impulsion sont courantes, et sont très bien prises en charge en Thérapie Comportementale et Cognitive. Ont les traite avec des méthodes utilisées pour les phobies simple par exemple (voir l’article “La Phobie, ça me réussit”, sur les phobies simples)

En général il est établi un plan détaillé des pensées intrusives et leurs conditions d’apparition.

Et conjointement à de la restructuration cognitive et de l’exposition graduelle, les patients voient leurs pensées intrusives diminuer, et la charge anxieuse avec.

Restructuration Cognitive

La restructuration cognitive permet de décortiquer objectivement une pensée, afin de la rationnaliser, et donc d’affaiblir son caractère possible ou probable, qui est responsable du stress.

En gros on t’amène à voir que ta pensée est complètement bidon, que tu vas pas basculer pédo du jour au lendemain alors que tu as été moniteur de colonie pendant 23 ans. Et donc, mener un action coup-de-baton sur tes phobies d’impulsion.

Personnellement après 23 ans en colonie, je m’inquiéterai plutôt d’un syndrome dépressif, mais c’est un autre sujet, débrouille toi avec Doctissimo.

Ou envoie moi un message privé, j’ai un code de déontologie malgré mon humour discutable.

Exposition Graduelle 

Une de mes techniques préférées. 

Un vrai truc de Scapin : On accompagne les gens à aller au devant de leurs peurs, ou à faire ce qu’ils craignent de faire. Tu parles d’un métier de sadique. 

Non ne partez pas, en fait c’est super Gaby. Oui, l’ours malin, vous connaissez la chanson. 

Accompagner les patients à s’exposer à leurs peurs renforce positivement l’organisme face à la réponse anxieuse. Puisque le patient ne succombe jamais à la tentation, la réponse anxieuse perd de sa réalité, et s’éteint progressivement.

Oui, pas de passage à l’acte : pensez au contrôleur central situé dans votre boite crânienne.
Et une peur non valide, car elle n’arrive pas dans la réalité, l’organisme il comprend. Et s’adapte.

Alors malgré tout, quand on est Psy et que l’on se lance dans l’exposition graduelle, cela demande d’être certain de son diagnostic. On n’ira pas se lancer dans une exposition aux côtés d’un patient que l’on a vu que deux fois avec un couteau digne de Rambo ou de Prédator. 

Ou alors vous êtes joueur, mais vous ferez moins carrière dans le milieu Psychologique que dans les faits divers.

Ça c’est pour la blague, mais dans la réalité, vous pouvez être sur à 99,9999 % (précision Papa-Psyesque) que votre patient, venant de son plein gré à votre cabinet, est sujet à des phobies d’impulsion.
Il vient volontairement en séance avec sa peur d’être ce qu’il croit être. 
Définitivement pas ma meilleure phrase de vulgarisation, je dois l”avouer.
Mais quand le patient consulte car il/elle a peur de ses propres pensées, ça nous aiguille déjà vers le problème.

Et donc la solution.
Pffiou, l’art de la réthorique le mec. 

La conclusion, Papa-Psy !

Avoir des pensées folles ne fait pas de vous des fous ou des folles.

Vous n’avez besoin que de peu d’alcool pour l’être dans le sens commun. Mais dans le sens pathologique, il y aurait bien d’autres indices et symptômes que vous auriez vous, ou votre entourage, remarqué. 

Si vous êtes sujet à des phobies d’impulsion, j’espère sincèrement que ce petit article vous aura rassuré. Mais cela ne règle que rarement le problème, alors prenez conseil et/ou rendez-vous chez un spécialiste de la question.  

Si cela peut aider, le célèbre et formidable Christophe André propose un ouvrage passionnant et facile à lire comme toujours : “Psychologie de la peur : Craintes, angoisses et phobies”, disponible partout et sur Amazon, forcément.

Aller, un petit exercice piège pour finir :

« Si j’ai peur de moi quand j’ai des idées suicidaires, comment dois-je m’exposer ? »

Bien évidement, ne testez rien dans la réalité.
Vos réponses en commentaires, vous avez 2 heures ! 

Papa-Psy
"Papa-Psy" c'est lui. Il est souvent Psychologue et parfois Créatif/Graphiste. Il est Co-fondateur du Centre Thérapeutique "Sur un Nuage" avec une Maman-Psy, avec qui il partage sa vie et leurs deux enfants.

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